Jésus-Christ est-il réaliste lorsqu’il déclare, dans le Sermon sur la Montagne: Vous avez entendu qu’il a été dit : « Œil pour oeil, dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue, tends-lui aussi l’autre. » Cet enseignement ne conduit-il pas tout simplement à laisser se développer la méchanceté, et même la cruauté? A première vue cela nous semble un précepte assez masochiste. Où est l’auto-défense légitime dans tout cela, et même tout simplement la justice?
En fait on ne comprend cette parole de Jésus que par rapport à la tendance marquée de ses contemporains à vouloir se faire justice eux-mêmes, à se venger de ceux qui leur faisaient du mal. Le même Jésus qui déclare auparavant dans ce sermon sur la Montagne qu’il n’est pas venu pour abolir la Loi ou les prophètes, mais pour l’accomplir, n’a pas en vue l’abolition des autorités humaines, de l’État ou de la police. Ce qu’il combat c’est la propension des uns et des autres à prendre en main propres l’exécution d’une rétribution qui n’est même pas forcément proportionnelle au dommage subi, et qui a pour conséquence le cercle vicieux de la violence, suivi bien sûr de l’incapacité de créer un climat de réconciliation sur le plan personnel.
Le Réformateur Jean Calvin explique ce passage en écrivant ceci: Il y a deux manières de résister : l’une par laquelle nous empêchons qu’on nous outrage, sans faire mal à personne de notre côté ; l’autre par laquelle nous rendons le mal pour le mal. Or bien que Christ ne permette pas aux siens de repousser la violence par la violence, il ne leur défend pas toutefois de se détourner de l’outrage qu’on veut leur faire injustement. Et Calvin renvoie son lecteur au passage de la lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome qui traite de ces choses (vers la fin du chapitre 12) : Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère car il est écrit : « A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai » dit le Seigneur. Mais : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête ». Paul cite ici un proverbe de l’Ancien Testament. Il conclut ce passage par ce précepte qui résume le tout: Ne sois pas vaincu par le mal, mais vainqueur du mal par le bien.
Vous me demanderez : Mais comment la vengeance ou la rétribution de Dieu s’exerce-t-elle contre les malfaiteurs dans notre monde ? Est-elle tout simplement repoussée à la fin des temps ? Pas du tout. Paul poursuit immédiatement au chapitre 13 de sa lettre aux Romains en expliquant le rôle de l’autorité publique, donc de l’État qui, écrit-il « est au service de Dieu pour ton bien. Si tu fais le mal, sois dans la crainte ; car ce n’est pas en vain qu’elle porte l’épée, étant au service de Dieu pour montrer sa vengeance et sa colère à celui qui pratique le mal. Il n’est donc pas question de laisser le mal impuni dans la société, mais c’est une tâche qui incombe aux autorités qui ont été instituées par Dieu à cet effet. Sur le plan individuel, nous n’avons pas à nous substituer à la justice de l’État, qui est « au service de Dieu pour ton bien » et doit donc rendre la justice selon des normes qui sont conformes à la volonté révélée de Dieu. Là où ces normes sont niées, on constate régulièrement le développement soit d’un laxisme coupable engendrant progressivement l’anarchie, soit de tendances dictatoriales qui limitent peu à peu la liberté de faire le bien et entraînent à leur tour le désordre social.
Rechercher un sujet
Trouvez rapidement des articles liés à une doctrine, un passage biblique, une question de foi ou un thème de vie chrétienne.



ça ne répond que partiellement à la question, car effectivement on peut dire je délègue à l’autorité mon pouvoir. Mais pour autant, est ce que par exemple un chrétien peut être policier et user de violence pour protéger un tiers? Est ce que je peux me défendre ou défendre les miens si je suis menacé. J’ai l’impression que ça n’y répond pas vraiment mais peut-être ai-je mal compris?
L’exercice de la profession militaire (et par extension de tout ce qui concerne les forces de l’ordre) est tout à fait permis dans la Bible : Dans Luc 1:14, des soldats viennent vers Jean-Baptiste (le précurseur de Jésus) et lui demandent : « Et nous, que ferons-nous » ? Il leur répond : « N’extorquez rien de personne et ne dénoncez personne, mais contentez-vous de votre solde ». Ce qui est en cause, c’est l’utilisation de la force ou des armes pour un gain personnel, mais pas la carrière militaire en tant que telle.
Lorsque Paul écrit dans Romains 13 : « Mais si tu fais le mal, sois dans la crainte, car ce n’est pas en vain que l’autorité porte l’épée, étant au service de Dieu pour montrer sa vengeance et sa colère à celui qui pratique le mal », il légitime toutes les professions qui appartiennent à ce domaine, puisqu’elles sont un mandat de Dieu à son service, pour le bien et la protection des sujets de l’État.
Toute personne a le devoir de protéger et défendre les siens contre une violence ou une attaque. Ce qui est en cause dans les paroles de Jésus c’est la recherche de la vengeance, le cycle de la violence par manque de maîtrise de soi, l’incapacité à tâcher de se concilier un adversaire quand on pourrait le gagner par une attitude pacifique. Sa réaction lorsqu’il est giflé par un soldat du prétoire dans Jean 18 :19-23 illustre tout à fait ses propres paroles. De même il reconnaît la légitimité de l’autorité de Ponce Pilate, devant lequel il comparaît sur la base du fait qu’au dessus de son supérieur hiérarchique César Tibère, c’est Dieu lui-même qui lui a conféré cette autorité, mais en condamnant un innocent (lui-même) Pilate se rend coupable d’injustice (Jean 19 :11).