Dans ce sermon sur la purification du pécheur, le pasteur français Pierre Dubosc (1623-1692) traite du Psaume 51, un psaume exprimant la profonde repentance du roi David après l’adultère commis avec Bath-Shéba (épisode rapporté en 2 Samuel 11-12). Dans cette section initiale de son sermon, c’est David le pénitent sincère qu’il sous présente, en contraste avec la fause pénitence de ceux qui reconnaissent bien leurs fautes, et en souffrent, mais n’ont pas la foi en la grâce qui pardonne demeurant ainsi prisonniers de leur remord (Judas, Saül, Esaü etc.) Dubosc souligne le lien organique entre foi et repentance: pour être véritables, elles ne peuvent aller l’une sans l’autre.
Pour bien comprendre la force qui se trouve dans ces paroles : purge-moi de mon péché avec l’hysope, il faut se représenter David sous trois idées différentes, et le considérer soit comme pénitent, soit comme Roi, soit comme Prophète. Car il était véritablement pénitent quand il composa ce Psaume cinquante et un, comme le témoigne le titre, qui porte que ce cantique fut composé par lui au sujet de son adultère avec Bath-Shéba, pour en faire ainsi amende honorable devant toute l’Église, et pour rendre tous les siècles témoins de sa repentance.
Il avait croupi longtemps dans son crime et l’histoire sainte nous apprend qu’il y demeura près d’un an sans le sentir, sans y songer, sans y faire de réflexion. Les malheureux charmes de son impudique maîtresse l’avaient tellement enchanté qu’il était durant tout ce temps-là insensible à toute autre chose : honneur, devoir, salut, crainte de Dieu, honte des hommes, espérance d’une autre vie, appréhension des peines de l’éternité, tout était assoupi dans sa conscience. Il ne pensait qu’aux délices du péché dont son cœur et son esprit étaient misérablement ensorcelés.
Mais quand l’heure de sa conversion fut venue, et que le prophète Nathan son directeur de conscience ordinaire l’eut réveillé de la part de Dieu, alors il ne manqua pas d’ouvrir les yeux aussitôt à la lumière du Ciel. Il aperçut la grandeur et l’énormité de sa faute, il en reconnut l’horreur, il en fut touché d’un vif et profond déplaisir et ce fut dans ce sentiment que se tournant vers son Dieu qu’il avait si étrangement offensé, il lui cria plein de contrition et de douleur : Purge-moi de mon péché ô Éternel ! où vous voyez qu’il sent son péché, il en parle, il le publie, il le confesse tout haut au ciel et à la terre, signe évident de sa repentance qui le porte à en faire une reconnaissance si solennelle.
Mais ce qui fait surtout paraître la vérité de sa repentance, c’est ce recours qu’il témoigne avoir à son Dieu en lui disant Purge moi. Car c’est ce qui distingue la vraie pénitence d’avec la fausse. Les plus méchants sont sujets à reconnaître souvent leurs péchés, ils s’en affligent même, ils se condamnent : Ésaü, Saül, Achaz, Judas, sentent leurs iniquités après les avoir commises, ils en versent même des larmes et ont font de grands regrets, chacun d’eux crie : J’ai péché, j’ai péché, mais que font-ils ensuite de leurs cris et de leurs pleurs ? Se tournent-ils vers Dieu pour implorer sa miséricorde ? Se jettent-ils dans le sein et entre les bras de sa grâce pour y trouver le pardon de leurs offenses ? Point du tout ; ils s’arrêtent dans leur chagrin et dans leur tristesse, ils se dépitent, ils se tourmentent, ils déchirent leurs vêtements, ils frappent leur poitrine, ils se désespèrent même, et Judas après avoir crié J’ai péché en trahissant le sang innocent, s’abandonne tellement à ses déplaisirs, se laisse tellement emporter aux remords de sa conscience, qu’il en vient jusqu’à s’étrangler de ses propres mains.
Mais le vrai pénitent en use d’une toute autre manière. A ses douleurs conçues dans le sentiment de ses péchés, il fait succéder un saint recours à la bonté immense de Dieu, il cherche son asile dans son infinie miséricorde, il en fait son refuge, il s’y adresse pour s’y mettre à couvert de la condamnation qu’il a méritée, il crie Purge moi ô mon Dieu, c’est-à-dire qu’il joint la foi à la repentance, comme en effet c’est par l’union de ces deux vertus que l’on connaît la vérité de l’une et de l’autre : séparées, elles ne valent rien, elles sont vaines, trompeuses et hypocrites ; et quand elles sont désunies, il n’y que leur jonction qui les réalise, c’est-à-dire qui les rende effectives et salutaires.
La repentance est sincère et véritable quand elle est suivie de la foi. La foi est vive et efficace quand elle est précédée de la repentance ; sans la foi, la repentance n’est qu’une douleur d’hypocrite, sans la repentance, la foi n’est qu’une sécurité de profane. Mais quand ces deux choses se tiennent, quand la repentance est soutenue par la foi, que la foi est animée par la repentance, alors l’une et l’autre ont la vérité de leur être et sont agréables à Dieu. C’est pourquoi David se montre être un véritable pénitent, quand après s’être affligé du désordre de sa vie, il en cherche le remède dans la grâce du Seigneur, et lui dit dans une vraie confiance en lui : Purge-moi de mon péché.
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