Qu’est-ce qu’une identité chrétienne ?
Récemment, j’ai lu la prédication d’un imam qui disait : « Si vous êtes Européen, Français, avant d’être musulman, alors vous n’êtes pas un bon musulman. La vraie foi islamique nous demande d’être musulman avant tout autre chose. » Cette déclaration nous pose la question de savoir ce qu’est notre identité religieuse.
Cet imam est un fondamentaliste « pur et dur ». En tant que chrétien je me suis alors posé ces questions : qu’en est-il de nous comme chrétiens ? Devrions-nous être chrétiens avant d’être tout ce qu’on peut dire à notre sujet ? Si c’est le cas, sommes-nous alors, nous aussi, des fondamentalistes ?
Attachement et identité
C’est à Antioche que les croyants ont été appelés « chrétiens » pour la première fois (Actes 11.26). C’est-à-dire qu’en tant que minorité dans la société païenne, ils se signalaient par leur attachement à Christ. Cela est arrivé dans une situation de persécution au cours de laquelle de nombreuses personnes se sont jointes au Seigneur. Barnabas les « exhorta à rester d’un cœur résolu attaché au Seigneur » (11.23). Ces partisans de Jésus-Christ avaient sans doute, eux aussi, une attitude « Christ d’abord », autrement ils n’auraient jamais été montrés du doigt à cause de leur attachement à Jésus. Nous arrive-t-il de penser à cela en nous interrogeant sur notre propre attitude ?
Si nous sommes vraiment attachés à Jésus-Christ, notre foi devient la chose la plus importante dans notre vie ; elle colore toutes nos autres attitudes. Ainsi nous nous voyons appartenant à Christ avant d’être français, européen, de tel ou tel sexe, de telle ou telle couleur de peau ou de tel ou tel âge.
N’est-ce pas à cause de cet attachement au Christ que des chrétiens ont donné leur vie et continuent à le faire aujourd’hui ? On ne devient pas martyr pour une broutille, quelque chose de peu d’importance. Tout au long de l’histoire, des croyants ont été tellement attachés à leur identité chrétienne qu’ils ont préféré mourir plutôt que de transiger sur l’essentiel.
Une identité minoritaire
A Rome, pendant les premiers siècles de l’Église, il était habituel de distinguer entre superstition (la croyance privée) et religion (la croyance publique). En privé, on pouvait croire tout ce qu’on voulait, mais, en public, il fallait observer les pratiques de l’Empire, ses cultes et ses sacrifices aux dieux dont l’empereur était le représentant. C’est pourquoi les chrétiens ont dit « non » à ces pratiques religieuses. Ils ne pouvaient pas se comporter comme si le Christ ressuscité n’était qu’un dieu parmi les autres. Cette attitude de refus a fait que les premiers chrétiens étaient qualifiés d’athées, car ils ne croyaient pas aux dieux de l’Empire. Elle était inacceptable par le pouvoir en place, qui considérait la religion comme l’appui du bon ordre et le ciment de la société.
Aujourd’hui, dans certains endroits du monde, les chrétiens vivent toujours dans des situations où leur identité chrétienne est considérée comme inacceptable, car préjudiciable à l’ordre public. Aussi leur situation de minorité est-elle souvent très fragile, douloureuse.
Une identité autre
Certes, dans la plupart des situations, un sacrifice, voire le sacrifice ultime, n’est pas demandé aux croyants. Il ne l’est qu’en cas de conflit entre ce que la société environnante demande et ce qu’un chrétien estime ne pas pouvoir donner. Cela s’est produit, en France, jusqu’à une période assez récente lorsque de jeunes chrétiens ont parfois préféré être objecteurs de conscience plutôt que de porter les armes. Leur fidélité à Christ les a conduits à faire ce choix.
En Occident, puisque nous vivons dans une situation heureuse où l’État a reconnu finalement la valeur des exigences de la conscience de l’individu, un statut spécial a été institué pour ces personnes. D’ordinaire, nous ne sommes pas obligés de choisir entre notre attachement à Christ et nos autres devoirs.
Une identité profonde
La foi chrétienne ne nous demande d’ailleurs pas de renier notre identité profonde d’hommes et de femmes. En Galates 3.28 (un texte souvent cité à contresens), l’apôtre Paul parle de l’identité profonde des croyants. Ils sont « à Christ… la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse ». Ainsi « il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Christ-Jésus. »
Paul précise ce que veut dire « revêtir Christ » (v. 27). Paradoxalement, si en Christ les distinctions entre races, statuts sociaux et sexes sont supprimés, les personnes que nous sommes restent bel et bien ce qu’elles sont tout en étant « un en Christ » avec d’autres.
Le chrétien ne cesse pas d’être juif, Grec, français ou anglais, patron ou ouvrier, femme ou homme. Notre attachement à Christ dépasse toutes ces réalités qui constituent notre identité. Il renouvelle notre humanité en nous permettant de vivre de façon différente. La foi chrétienne ne nous demande pas d’être chrétien ou français, par exemple, mais de considérer tous les aspects de notre identité de façon différente, comme des enfants de Dieu en Christ. Cette nouvelle identité profonde nous invite seulement à vivre nos autres relations de façon transformée.
Une appartenance
La question de l’identité conduit, de façon inévitable, à s’interroger sur nos racines. L’héritage génétique, le milieu social, l’éducation, la langue, la nationalité… sont autant d’éléments que nous ne choisissons pas et qui façonnent notre identité. D’une certaine façon, nous sommes toujours plus ou moins dépendants de ces réalités.
De même, l’identité chrétienne est étroitement liée à ses origines. Fondamentalement, elle n’est pas liée à notre race, à notre classe sociale ou à notre famille, mais elle dépend de notre relation avec Jésus-Christ. Cette relation est forcément une relation personnelle et, selon l’enseignement de Jésus lui-même, elle reflète notre origine spirituelle : « Si une personne ne naît d’eau et d’esprit, elle ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jean 3.5). L’appartenance au Royaume dépend de notre introduction dans cette relation par la nouvelle naissance qui, à la différence de la naissance physique est un acte spirituel accompli par Dieu qui donne la vie nouvelle.
Dans le Nouveau Testament, « nouvelle naissance » équivaut à régénération, vie nouvelle ou résurrection d’entre les morts. Elle est aussi une nouvelle création par laquelle Dieu fait briller, en nos cœurs, sa lumière, comme lors de la création (2 Corinthiens 4.6). Toutes ces expressions évoquent un début radicalement nouveau dans une vie ancienne. Le créateur de cette vie nouvelle est Dieu lui-même qui donne la vie à ses enfants.
N’est-ce pas étonnant ? Au sens le plus profond, notre identité de chrétiens ne vient pas de nous ; nous ne pouvons pas la créer par des efforts qui nous permettraient de devenir ce que nous ne sommes pas naturellement. L’identité chrétienne n’est pas le résultat d’une éducation ou d’une formation. Tout ce que nous pourrions faire pour qu’elle surgisse en nous, dans nos Églises ou dans notre société, restera inopérant malgré notre bon désir. Car Dieu seul a le pouvoir de conférer cette identité à des individus ou à des communautés.
Les êtres humains, individuellement ou en communauté, peuvent et doivent retourner la terre pour recevoir la semence de la vie nouvelle, mais c’est Dieu qui la plante et la fait croître. Une fois cette semence mise en terre, la foi qui est ainsi présente peut grandir. Cette foi nous permet de cerner notre identité profonde ; nous sommes « à Christ » et nous souhaitons vivre, débordant de joie et de reconnaissance, à la lumière de l’héritage de vie qui nous a été promis.
(Pour un article sur la famille et son fondement biblique afin de caractériser notre identité à l’image de Dieu, voir ici. Pour un article sur la Réforme comme mouvement marqué par une identité confessante distincte, voir ici).
Rechercher un sujet
Trouvez rapidement des articles liés à une doctrine, un passage biblique, une question de foi ou un thème de vie chrétienne.


