Cet extrait du sermon du pasteur Dubosc (1623-1692) sur la voix de la verge divine (d’après le prophète Michée, 6.9 : Écoutez la verge, et celui qui l’a assignée), fait partie d’un recueil publié à Rotterdam en 1701, soit neuf ans après sa mort. Bien que non daté, il a sans doute été prononcé à l’Église réformée de Caen peu avant la Révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV.
Dubosc décrit les étapes de la discipline et des corrections que Dieu amène sur son peuple désobéissant. Dans une dernière phase, la plus terrible, Dieu se détourne totalement de son peuple, l’abandonnant à lui-même. L’exemple d’Israël dans l’Ancien Testament est appliqué à l’Église apostate : Mais s’il en vient une fois à la laisser sans répréhension et sans discipline, pour lui permettre de suivre de manière effrénée les fantaisies de sa tête et les affections de son cœur, ô tout est perdu, il n’y a plus de remède : Dieu a résolu de la rejeter et de se séparer d’elle par un funeste divorce. Dubosc conclut par un appel sincère à ses auditeurs en vue d’une repentance qui porte des fruits, invoquant Dieu dans une prière finale : Dieu des vengeances, souviens-toi que tu es aussi le père des miséricordes. L’extrait cité ici (en français modernisé) représente environ cinq pour cent de la totalité du sermon en question.
Mes frères, si Dieu n’augmente pas ses punitions sur ceux qui ne font pas attention à ses châtiments, il fait une autre chose encore pire et plus à craindre. C’est qu’il les abandonne, et se retire entièrement d’avec eux, pour les laisser à eux-mêmes et à leur sens réprouvé, sans prendre plus aucun soin de leur correction, ni de leur salut.
C’était l’horrible malédiction qu’il annonçait aux Juifs par la bouche de Jérémie, lorsqu’il lui disait (23.33) : si ce peuple-ci t’interroge et te demande quelle est la charge de l’Éternel, tu lui répondras : je vous quitterai là, dit l’Éternel. Ô la plus grande de toutes les vengeances de Dieu quand il vient à abandonner un peuple, et qu’il ne veut plus de commerce et de communication avec lui, comme le tenant indigne de son entretien et de ses regards. Frappe, Seigneur, frappes de telles verges que tu voudras, plutôt que de nous traiter de la sorte. Envoie-nous tous les maux ensemble, plutôt que de nous abandonner par mépris, et de nous priver de ton habitation au milieu de nous. Tant que le médecin fait saigner, ou purger, ou ventouser un malade, c’est un témoignage qu’il y a quelque chose à espérer. Mais quand il ne lui ordonne plus rien, et qu’il le laisse absolument à lui-même, et à ses appétits dépravés, cela signifie que le mal est désespéré, et qu’on ne doit plus rien se promettre.
Aussi, tant que Dieu châtie son Église, c’est une preuve qu’il a encore soin d’elle, et qu’il veut la sauver. Mais s’il en vient une fois à la laisser sans répréhension et sans discipline, pour lui permettre de suivre de manière effrénée les fantaisies de sa tête et les affections de son cœur, ô tout est perdu, il n’y a plus de remède : Dieu a résolu de la rejeter et de se séparer d’elle par un funeste divorce. C’est pourquoi voulant marquer aux Juifs le dessein qu’il avait pris de rompre avec eux, il leur criait par Ésaïe (1.4-5) : Ha ! nation pécheresse, peuple chargé d’iniquité, engeance de gens méchants, enfants qui ne font que se dépraver, à quel propos seriez-vous encore battus, car vous ajouteriez révolte. Comme s’il disait : « Pourquoi m’amuserais-je encore à châtier des gens qui n’en feraient aucun profit ? » Ce serait autant de peine perdue. Il vaut mieux les abandonner comme des incorrigibles afin qu’ils périssent dans leur endurcissement indomptable.
Donc, mes chers frères, puisque le péril est si grand et si évident de ne pas écouter les verges de Dieu, prenons aujourd’hui, prenons une bonne résolution de nous y rendre attentifs pour éviter soit une augmentation de maux, qui ferait de nous un exemple lamentable de la vengeance céleste, ou un abandon de Dieu, qui rendrait notre condition pire que celle des plus malheureux qui gémissent dans la souffrance. Prévenons l’une et l’autre de ces deux extrémités, par une attention religieuse que nous donnerons aux verges qui nous châtient.
(…)
Quoi, Chrétiens, demeurerez-vous insensibles à toutes ces choses, et impénétrables à tant d’aiguillons qui doivent vous percer le cœur et les entrailles ? Non, non, c’est dans l’Égypte que sont les Pharaons endurcis, qui multiplient leurs péchés au milieu des plaies. Mais dans Jérusalem sont les David, qui a la vue de l’Ange étendant la main pour les frapper, se jettent le ventre à terre pour demander miséricorde, et pour l’obtenir par la force de leur repentance.
Que donc les impénitents se rencontrent seulement dans l’Égypte réprouvée du méchant monde ; mais dans la Jérusalem de l’Église les verges de Dieu trouveront des âmes sensibles, humiliées et disposées à l’amendement.
Ô Dieu, ô Dieu de notre salut, fais-nous la grâce d’être de ce nombre, convertis-nous toi-même, par ta vertu toute-puissante, afin que nous soyons véritablement convertis. Perce-nous toi-même l’oreille par la force insurmontable de ton Esprit, afin que nous écoutions bien tes verges, et que nous pratiquions religieusement les enseignements qu’elles nous donnent. Dieu des vengeances, souviens-toi que tu es aussi le père des miséricordes : que tes verges ne soient donc pas des verges de fer pour nous assommer en ta colère. Que ce soient seulement des verges paternelles, pour nous corriger en ta sagesse et en ton amour.
Modère ta rigueur envers tes pauvres enfants, qui te demandent pardon dans l’humilité et dans la douleur de leur repentance. Et après les avoir châtiés, comme tu as fait depuis quelque temps, au lieu de les détruire, rétablis-les plutôt en tes compassions infinies. Change les verges en des témoignages sensibles de ta grâce, qui nous donnent matière de te bénir en la terre, pour célébrer enfin éternellement ton saint nom dans le ciel.
Dieu nous en fasse la grâce : à lui Père, Fils et Saint Esprit soit honneur et gloire aux siècles des siècles. Amen
(Pour des extraits du sermon de Pierre Dubosc sur l’amendement provisoire (avec une notice biographique en introduction), voir ici).
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