Le pasteur Pierre Thomimes Dubosc, né à Bayeux en 1623 et mort à Rotterdam en 1692 a fait ses études de théologie à l’académie de Montauban, puis à celle de Saumur. Dès l’âge de 23 ans il est pasteur à l’Église de Caen et se distingue par sa remarquable éloquence. Il devient le porte parole des protestants de la province dans toutes les affaires d’ordre civil. Une lettre de cachet obtenue contre lui par les Jésuites en 1664 l’exile pendant six mois à Chalons où il est néanmoins très bien traité par l’évêque de la ville. Retourné à Caen, en 1668 il est délégué par les Églises de Normandie pour porter leurs remontrances lors d’une audience sollicitée auprès du roi Louis XIV. Par son édit du 2 avril 1666, le roi avait considérablement restreint la liberté de culte public et les droits civiques et sociaux des protestants, prélude à la Révocation de l’Édit de Nantes que son grand-père Henri IV avait promulgué en 1598. Dubosc porta donc la parole devant le roi au nom des protestants et sembla lui faire grande impression, puisqu’ému, Louis XIV promit « d’y penser » et, passant dans la chambre de la reine, déclara en présence de la Cour, qu’il « venait d’entendre l’homme le plus éloquent de son royaume ». Ce qui ne changea guère le cours de choses, puisque l’édit de Fontainebleau annulant celui de Nantes sera finalement promulgué le 18 octobre 1685. Après de nombreuses péripéties et avanies, exilé et tous ses biens sequestrés, Du Bosc finira sa vie en 1692 comme pasteur de l’Église wallonne à Rotterdam, bien qu’ayant été invité par la reine du Danemark à venir s’installer dans ses états, et par l’évêque de Londres à passer en Angleterre, étant pourvu d’un bénéfice. Il avait servi comme ministre de la Parole pendant 47 ans. L’extrait présenté ici, sur l’amendement provisoire, porte sur Hébreux 3.7-8: « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos coeurs » .
Quelle excuse pourrions-nous apporter aujourd’hui à notre endurcissement, puisque, sous l’alliance de grâce où nous sommes, il n’y avait rien à faire que Dieu n’ait fait avec une bonté ineffable pour vaincre la dureté naturelle de nos âmes ? Il a envoyé son propre fils sur la terre avec toute la gloire de ses miracles, avec toute la sainteté de ses mœurs, avec toute la clarté de sa doctrine, avec toute l’étendue de ses bienfaits. Il a répandu son esprit avec toute la largesse de ses dons, avec tout l’éclat de ses lumières, avec toute l’effusion de ses grâces. Il a mis à nu toute la vérité de ses mystères. Il a fait connaître toute la suite de ses volontés. Il a proposé toutes les richesses de ses promesses ; il a déployé tous les trésors de sa grâce et de sa gloire.
Dans l’état de la nature les pécheurs pouvaient s’excuser sur les ténèbres de l’ignorance ; sous la loi ils pouvaient alléguer la faiblesse et l’obscurité de leurs connaissances ; mais sous l’Évangile quel moyen de pallier l’énormité de leur impénitence ? Malheureux ceux qui ont péché dans l’état de nature, qui ont fermé les yeux à tant de lumières qui brillaient dans les œuvres de la Providence, et qui ont abusé de tant de faveurs que le ciel, toujours libéral et bienfaisant, répandait sur eux ! Plus malheureux encore ceux qui ont péché sous la loi, et se sont montrés rebelles à la voix de tant de prophètes, à l’éclat de tant de miracles, à l’exemple de tant de saints qui ont vécu sous l’Ancien Testament !
Mais trois fois, quatre fois malheureux ceux qui pèchent sous l’Évangile, et qui, ne tenant compte ni du père, qui leur a découvert les entrailles de sa miséricorde, ni du fils, qui leur a marqué de son sang l’excès de la charité, ni du Saint-Esprit, qui leur a ouvert la source de toute ses grâces, persistent obstinément dans leur iniquité !
(…)
Vous savez que le péché contre le Saint Esprit est irrémissible, et que l’Écriture déclare qu’il ne sera pardonné ni en ce siècle, ni en celui qui est à venir. Pourquoi cela ? Est-ce que la personne du Saint Esprit est plus digne et plus excellente que celle du Père et du Fils ? Nullement ; ils sont tous trois également grands et adorables, ils n’ont qu’une même et indivisible essence, et ces trois-là ne sont qu’un. Mais c’est que le Saint Esprit étant la troisième personne et la dernière en ordre, il n’y en a plus d’autre après elle par laquelle on puisse obtenir le salut.
Quand on a offensé le Père, on peut recourir au mérite et à la justice du Fils. Quand on a rejeté le Fils, on peut être converti par la vertu du Saint Esprit. Mais quand on a outragé l’Esprit lui-même, vers qui désormais se tournerait-on ? Et de quelle personne divine pourrait-on après cela espérer sa délivrance ? On peut dire la même chose de l’Évangile, qui est effectivement le Ministère du Saint Esprit. Le monde s’étant corrompu dans l’état de la nature, pouvait apprendre à se corriger sous la Loi. S’étant négligé sous la Loi, il pouvait s’amender sous l’Évangile. Mais s’il s’endurcit sous l’Évangile, quelle économie [dispensation] pourra désormais lui servir, puisqu’il n’y en a point d’autre et qu’il n’y en aura jamais ?
C’est pourquoi notre apôtre nous dit [Héb. 10-26-27] que si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne nous reste plus de sacrifice pour le péché, mais une attente terrible du jugement, et une ferveur de feu qui doit dévorer les adversaires. Aujourd’hui donc, si vous ne voulez périr irrémissiblement dans vos vices, n’endurcissez point vos cœurs.
(…)
Il faut distinguer quatre sortes de voix de Dieu : la voix de sa providence, la voix de sa loi, la voix de son évangile, la voix de ses châtiments.
La voix de sa providence est celle qui se fait entendre par la bouche de ses créatures, dont les plus muettes expriment admirablement ses perfections infinies ; les cieux racontent sa gloire, et leur voix se fait entendre par toute la terre. La terre elle-même, toute lourde qu’elle est, nous entretient éloquemment de ses merveilles. La mer fait retentir ses gouffres de son nom, et chaque vague qu’elle pousse est une voix dont elle se sert pour l’annoncer à sa manière ; si les échos ne répondent qu’en certains endroits à la voix des hommes, il est certain qu’il n’est dans le monde aucun lieu où il ne se forme quelque écho de cette voix admirable de Dieu, qui résonne dans toutes les parties de ses ouvrages : cette voix de la providence est générale et commune à tous les hommes ; elle les instruit en tout temps. C’est elle qui donnait aux païens les leçons de leur sagesse, et qui leur apprenait les préceptes de la morale, et leur inspirait ce sentiment de la vertu.
La voix de la loi est celle qui parlait aux Juifs ; cette grande voix, comme parle Moïse, qui leur fut adressée avec tant de pompe et d’éclat sur le mont Sinaï, qui leur criait avec tant de force : Écoute, Israël, et leur déclarait tous les commandements de l’Éternel.
La voix de l’Évangile est celle qui résonne aux oreilles des chrétiens. Cette voix de l’époux, cette voix du bon pasteur, de laquelle Jésus-Christ disait : « Mes brebis entendent ma voix et la suivent » ; cette voix de la vérité dont il parlait à Pilate en disant : « Quiconque est de la vérité entend ma voix » [Jean 18.37]. C’est pendant que nous entendons cette voix que nous devons travailler au salut de notre âme, suivant le précepte d’un apôtre : « Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’endurcissez point vos cœurs » [Hébreux 3.15].
Enfin j’ai remarqué une quatrième voix de Dieu ; c’est celle des châtiments. Ah ! mes frères, c’est cette voix que nous entendons depuis longtemps. La voix des châtiments de l’Éternel retentit contre nous. Elle tonne, et nous ne l’avions point encore entendue pousser des éclats pareils à ceux dont elle nous effraie. Cette verge de Dieu, qui ne sifflait autrefois que de loin sur nos têtes, et dont nous n’entendions que le bruit, frappe maintenant sur notre dos, et les coups redoublent de jour en jour. Nos os en sont ébranlés, nos maisons en gémissent, les colonnes mêmes de nos temples en sont tremblantes et menacent ruine.
Pour un extrait du sermons de Pierre Dubsoc sur Michée 6.9 (« écoutez la voix de la verge divine ») , voir ici.
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