drelincourt

Charles Drelincourt (1595-1669) fut l’un des pasteurs de l’Église de Paris-Charenton au 17e siècle.  Auteur de nombreux ouvrages polémiques contre l’Église romaine, il est surtout connu pour ses « Consolations de l’âme fidèle contre les frayeurs de la mort, avec les dispositions et préparations nécessaires à bien mourir », publié en 1651.  Cet ouvrage connut de nombreuses rééditions et fut traduit en anglais peu après sa mort. Le 25 août 1662, à l’occasion d’un dimanche de jeûne, il prêche sur le chapître 3 du livre des Lamentations de Jérémie.  Dans la section extraite de ce sermon et présentée ci-dessous, Drelincourt expose en quoi la parole du prophète « C’est par la bienveillance de l’Éternel que nous n’avons pas été consumés »  (3.22),  peut être à bon droit appliquée à l’Église.

C’est surtout l’Église de Dieu qui doit dire avec le Prophète : C’est par la bienveillance de l’Éternel que nous n’avons pas été consumés. Car d’où vient que tant de puissants États, tant de florissants Empires et tant d’orgueilleuses Monarchies ont été réduites en poudre, et que leur nom même en serait perdu et effacé, si Dieu n’avait voulu laisser à la postérité un mémorial de son pouvoir infini, et de sa juste vengeance ?

Cependant l’Église de Dieu a été conservée depuis la Création du monde jusqu’à nos jours, et elle le sera jusqu’à la fin des siècles. Au point que les portes de l’enfer n’ont jamais eu et n’auront jamais de pouvoir contre elle.  Est-ce à cause de son grand nombre ? Au contraire, si vous la comparez avec le reste du monde, vous trouverez que c’est avec grande raison que notre Seigneur la qualifie de petit troupeau : Sois sans crainte petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume [Luc 12.32].

Si cette pauvre Église soutient quelques combats contre le monde, ce sont des combats semblables à ceux de Gédéon contre les Madianites [Juges 7]. Car Dieu met ses trésors en des vases de terre [2 Cor. 4], et ces vaisseaux fragiles se cassent et se brisent. Mais ils font paraître une lumière divine qui stupéfie le monde et effraie le Prince des ténèbres. Est-ce une grande et extraordinaire prudence qui conserve l’Église ? Au contraire, les enfants de ce siècle sont plus prudents à l’égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière [Luc 16.8].

Mais peut-être n’a-t-elle rien qui s’oppose à elle ? Tant s’en faut : elle a plus d’ennemis que de cheveux sur la tête [Ps 69.5]. Si vous étiez du monde, dit notre Seigneur, le monde aimerait ce qui lui appartient : mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela, le monde a de la haine pour vous [Jean 15.19]. Peut-on dire que la paix et la concorde qui existe entre les membres de l’Église, est ce qui l’entretient et la conserve ? Au contraire, Nul n’a compassion de l’autre, et chacun mange la chair de son bras : Manassé, Éphraïm ; Éphraïm, Manassé, et l’un et l’autre contre Juda [Esaïe 9.19-20]. Et en Juda il y a mille Judas.

Enfin, cette Église n’a-t-elle jamais été exposée à quelque danger considérable ? Au contraire, elle a toujours été dans le feu ou dans l’eau, et elle ne s’est conservée que par miracle. Moïse, voyant que le buisson était tout en flammes sans se consumer, fut transporté d’admiration : je vais faire un détour pour voir quel est ce spectacle extraordinaire, pourquoi le buisson est tout en feu et qu’il ne brûle pas [Exode 3.3]. C’est là, âmes fidèles, le riche emblème de l’Église de Dieu.  Car elle est le plus souvent dans le feu et dans les flammes de la persécution, et cependant elle ne s’y consume jamais, d’autant que Dieu par sa vertu infinie retient quand il lui plaît la force du feu, et qu’il conserve ceux qu’Il veut au milieu des flammes.

Quelques-uns ont aussi comparé cette Église, comme des Anciens ont fait avec une fameuse République, à un cuir gonflé qui vogue sur la mer et qui est agité par les vents, mais qui ne s’y enfonce point. Mais j’aime mieux la comparer à l’arche de Noé, qui a vogué dans les eaux du Déluge entre une infinité de cadavres, tantôt sur un pays, tantôt sur un autre.  Non seulement elle n’a point été submergée par cet effroyable Déluge, mais plus le Déluge croissait, plus elle s’élevait vers le Ciel.  Ainsi l’Église de Dieu non seulement se conserve miraculeusement au milieu d’un déluge de maux et d’afflictions, mais plus les maux et les afflictions croissent, plus elle approche de son Dieu et plus elle l’invoque avec ardeur.

Dieu a voulu que son Église fût faible et destituée de conseil, et sujette à toutes sortes d’infirmités, afin de faire connaître sa puissance en la conservant ; sa sagesse en la conduisant et sa miséricorde en lui pardonnant ses fautes. Et cela afin qu’elle puisse dire avec Jérémie : C’est par la bienveillance de l’Éternel que nous n’avons pas été consumés.

(Pour des extraits du Traité de Charles Drelincourt sur la mort, voir ici et ici).

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