Tous prisonniers de l’intelligibilité ?
L’intelligibilité du monde, nous en sommes tous prisonniers, et c’est quelque chose d’extraordinaire. Expliquons-nous. Notre être, notre conscience, chacune de nos pensées témoigne de ce que nous existons, nous fonctionnons sur la base d’un a priori, d’un axiome fondamental, à savoir qu’il y a du sens en nous et autour de nous. Si tel n’était pas le cas, ni moi ni personne ne pourrait écrire quoi que ce soit qui mérite un tant soit peu d’être lu, et personne ne prendrait la peine de le lire, en premier lieu parce que cela n’aurait pas de sens d’apprendre à lire quoi que ce soit. Cette activité n’existerait tout simplement pas.
Même si nous ne trouvons pas immédiatement aux choses ou aux événements le sens que nous recherchons, nous continuons à le rechercher, ce qui en soi témoigne du fait que quelque part nous sommes persuadés qu’on peut y parvenir. C’est exactement cela la présence de l’intelligibilité en nous et autour de nous. C’est aussi en ce sens – oui j’écris bien en ce sens – que nous sommes prisonniers de cette intelligibilité. On ne peut jamais y échapper !
Aucune question possible sans intelligibilité
Élémentaire, mon cher Watson, me répondrez-vous. Et bien non, pas si élémentaire que cela. Car cela fait de nombreuses décennies que la culture dominante a voulu nous faire croire que nous n’étions que le produit d’un chaos originel incommensurable, global et total, sans but ni propos. Et pourtant, pour nous « persuader » de quelque chose, il faut bien articuler quelques arguments, n’est-il pas vrai ? Ceux qui veulent libérer les autres de toute forme de conviction qu’il y a une intelligibilité fondamentale dans l’univers, l’ont fait avec acharnement, en tâchant d’avancer toutes sortes de preuves qui, à leur sens, ont du sens.
Posons une question toute simple, qui attend une réponse claire et simple : Est-il légitime, en tant que scientifique, de s’intéresser aux événements physiques et cosmiques qui se sont produits au début de l’histoire de l’univers ? Dès que vous répondez « oui » à cette question, vous avouez qu’il y a quelque chose à chercher et à comprendre, à démêler, analyser et expertiser, ceci dans la mesure de vos possibilités d’investigation bien entendu. C’est en soi l’aveu même qu’il y a dès le commencement une intelligibilité au sein de l’univers. Car si tel n’était pas le cas, aucune recherche scientifique de cet ordre ne serait légitime ou même envisageable. Or cela entraînerait une autre question bien difficile, si ce n’est impossible à traiter : au cours de l’histoire de cet univers qui aurait commencé comme quelque chose de totalement inorganisé et inintelligible, à partir de quel moment le sens et l’intelligibilité auraient-ils émergé, et à partir de quoi ? Comment et pourquoi le chaos et l’inintelligible absolus auraient-ils donné naissance au sens et à l’intelligibilité ? Cela signifierait que l’on n’est en droit et en capacité de s’interroger sur ce qui a du sens, qu’à partir de son apparition dans l’univers. Il faudrait donc être en mesure de déterminer avec précision le moment de cette apparition.
Un être éternel source de toute intelligibilité
A l’opposé de toutes ces spéculations et ces chimères, le Psaume 139, dans la Bible, répond en s’adressant à l’Être éternel parfaitement intelligent et la source de toute intelligibilité comme ceci :
Où irais-je loin de ton Esprit et où fuirais-je loin de ta face ? Si je monte au ciel, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, t’y voilà. Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille demeurer au-delà des mers, là aussi ta main me conduira, et ta droite me conduira. Si je dis : Au moins les ténèbres me submergeront, la nuit devient lumière autour de moi ; même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi, la nuit s’illumine comme le jour et les ténèbres comme la lumière. C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tenu caché dans le sein de ma mère. Je te célèbre ; car je suis une créature merveilleuse. Tes œuvres sont des merveilles, et mon âme le reconnaît bien. Mon corps n’était pas caché devant toi, lorsque j’ai été fait en secret, tissé dans les profondeurs de la terre. Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui étaient fixés, avant qu’aucun d’eux existe (voir ici). Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables! Que la somme en est grande! Si je les compte, elles sont plus nombreuses que les grains de sable. Je m’éveille et je suis encore avec toi.
Au fond, en lisant ce psaume, nous comprenons que si nous sommes prisonniers, c’est de nos pensées vaines et obscures que nous le sommes. Cet obscurcissement est lié au déni de la source de toute intelligibilité, le Créateur qui a imprimé sa marque sur tous les aspects de la Création, quelle qu’en soit la complexité. Plus nous le rejetons, plus nous nous rebellons contre sa présence et contre l’ordre divin qu’il a placé sur toute la réalité, plus nous favorisons l’émergence du chaos, du désordre et des maux qu’ils engendrent inévitablement (voir ici). Ainsi, au lieu de participer à un processus de guérison, nous contribuons activement à faire empirer l’état d’un monde déjà si lourdement marqué par les conséquences de la rébellion humaine.
Notre condition de créatures intelligibles ne devient libératrice qu’une fois replacée dans le cadre de celui qui nous a créés comme telles. L’accepter et s’en réjouir, comme le fait l’auteur de ce merveilleux psaume, voilà la vraie liberté !
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