Le propre d’une réflexion éthique, c’est qu’elle est délicate. Sinon, il suffit de se référer à la loi. C’est la raison pour laquelle, dans les comités de réflexion éthique qui se sont créés ces dernières années un peu partout, on parle d’élaboration éthique. Généralement, on fait intervenir un légiste qui rappelle la loi ; puis la parole circule et personne ne conclut. Un médecin confonté à une situation difficile pourra consulter le comité qui formulera un ou des avis, sans trancher.

Deux raisons pour l’émergence d’un questionnement éthique

– Une de ces raisons est technique : est-ce que parce qu’on peut techniquement faire quelque chose, on peut éthiquement le faire ? Cela vaut pour les naissances et pour la fin de vie particulièrement, mais aussi dans de nombreuses autres circonstances. Je peux techniquement rouler à 140 kilomètres à l’heure sous la pluie, mais est-il judicieux de le faire ? On peut techniquement faire l’ablation de l’estomac, de l’intestin, d’un poumon et d’un rein à une personne de 95 ans. Pour autant, faut-il le faire ? On voit que ce n’est pas simple, car d’autres considérations devront entrer en ligne de compte et être évaluées. Par exemple, en Angleterre, le coût d’une intervention chirurgicale lourde est pris en compte quand il s’agit d’un patient très âgé. Dans son livre Le Bluff technologique, Jacques Ellul écrit que la technique aide jusqu’à un certain point ; après, elle crée de nouveaux problèmes.

– L’autre raison est liée à la sécularisation, c’est-à-dire la perte des références chrétiennes dans la vision du monde et l’apparition de nouvelles définitions de l’homme, de la vie, de la mort, etc. .

Or – Jacques Ellul a  réfléchi à cela dès les années 50 – notre époque est marquée à la fois par des progrès considérables en matière de technologie et par une progressive et assez radicale mise à l’écart des références chrétiennes. D’où l’émergence de situations nouvelles, difficiles à gérer.

Par exemple, dans le comité de réflexion éthique de l’hôpital où j’ai exercé mon ministère d’aumônier, la question a été posée un jour de la différence entre un être humain et un animal. C’est le fruit de ce qu’on appelle la cancel culture, ou culture de l’effacement, qui entend mettre hors-jeu les références de pensée qui ont prévalu jusqu’à maintenant [1]. Il est assez évident que les choix éthiques ne seront alors pas comparables à ceux du croyant qui désire plaire à Dieu (1 Thess. 4.1).

Bref état des lieux de la réflexion éthique en France

Pour le moment, en France, deux pratiques sont interdites : l’euthanasie et le suicide assisté. Mais certains sondages disent que 70 % des personnes interrogées sont favorables à une évolution de la loi.  D’autres sondages mettent en évidence le même pourcentage pour une demande instante de soins palliatifs généralisés.

La loi n’interdit pas tout, cependant. Depuis 1999, mourir sans souffrir est un droit [2]. Dès lors, on a vu un développement assez important des soins palliatifs. On doit ce concept à une infirmière anglaise, chrétienne, Cicely Saunders (1918-2005). Cependant, un tiers seulement des patients qui en auraient besoin y ont accès. en France, de nombreux départements  (17 en janvier 2026) ne disposent pas d’unités de soins palliatifs.

Depuis la loi Léonetti de 2005, tout patient est invité à remplir un formulaire de directives anticipées et à désigner une personne de confiance qui sera le vis-à-vis de l’équipe soignante si le patient n’est plus en mesure de s’exprimer. Tout patient peut, à tout moment, signer une décharge pour refuser un traitement, une intervention. Enfin, depuis la loi Claeys-Léonetti de 2016, tout patient peut, quelques jours avant la mort annoncée, demander une sédation profonde et continue qui ressemble à une sorte de coma.

Trois arguments sont avancés par les membres de l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignitél (ADMD), partisans du ‘suicide assisté’ :

– chacun peut interpréter ces lois un peu comme il veut ;

– certaines situations échappent au soulagement qu’apporte la sédation profonde ;

– le suicide assisté, bien qu’interdit, est cependant pratiqué par certaines équipes et ceux qui en ont les moyens peuvent aller en Belgique ou en Suisse. Il y a donc inégalité.

Le 8 janvier 2024, lors de ses vœux aux responsables des cultes, le président Macron a annoncé non pas une mais deux lois distinctes. Comment, en effet, dans une même loi, plaider pour le développement des Soins palliatifs et pour la légalisation du suicide assisté ? Il y aura donc sans doute deux lois distinctes, ce qu’ont demandé un certain nombre de députés :

– les soins palliatifs seront développés : ils prennent en charge la souffrance physique, psychique, sociale et spirituelle (dans un sens non religieux).

– l’aide à mourir sera proposée aux personnes majeures dont le pronostic vital est engagé à “moyen terme” (c’était “à court terme” dans la loi Claeys-Léonetti) ayant des souffrances physiques “insupportables” (autre terme difficile à évaluer) et une volonté “libre et éclairée” au moment de la demande. La prescription nécessitera une “décision médicale collégiale”. Si la personne ne peut pas s’exprimer, l’intervention d’un tiers sera possible.

par Charles Nicolas

Voir ici pour un article sur la peine de mort par le même auteur.

[1]    Dans son livre La Religion woke, (Grasset, 2022). Jean-François Braunstein mentionne Donna Haraway, professeur d’Université et militante de la pensée woke aux Etats-Unis : son aspiration est que l’humanité devienne du compost.

[2]    Un jour il y aura peut-être un droit opposable à vivre sans souffrir

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