Nous avons déjà posté sur ntore site quelques extraits de sermons ou de traités de pasteurs français des dix-septième et dix-huitième siècles (Daillé, Drelincourt, Saurin). Voici un court extrait du Sermon sur les Devoirs de la Jeunesse de Daniel de Superville, se basant sur Ecclésiate 12.1.
Daniel de Superville est né à Saumur en 1657. Ayant étudié la philosophie puis la théologie à l’Académie de Saumur, il pousuivit ses études à Genève en 1677 avant de revenir à Saumur. D’abord appelé comme pasteur de Loudun en 1683, il est arrêté par une lettre de cachet le 22 juillet 1685, ayant été dénoncé par le curé de Saint Pierre-du-Marché comme ayant prêché séditieusement. Amené à la Cour de Paris, il y est retenu trois mois afin de laisser le champ libre aux convertisseurs et de tâcher de le convertir lui-même, mais en vain. Chassé du royaume de France à la Révocation de l’Édit de Nantes, il se réfugié aux Pays-Bas. Sa femme et sa fille, n’ayant pas reçu la permission de le suivre, parviendront pourtant à l’y rejoindre quelque temps après. Son épouse décèdera trois semaines après son arrivée à Rotterdam. Daniel de Superville exercera dans cette ville où il se fixera jusqu’à sa mort, malgré l’ofre d’une chaire à Berlin, qui lui fut offerte par l’électeur de Brandebourg e en 1687. Il décédera en 1728.
C’est surtout au jeune homme qu’il faut crier : Souviens-toi de ton Créateur ; c’est à lui que l’Ecclésiaste adresse ces paroles. Pourquoi ? Parce que la jeunesse, à proprement parler, est l’âge de l’oubli de Dieu.
Représentez-vous de jeunes personnes qui entrent dans le monde, et auxquelles ce monde, ne paraissant encore que par son beau côté, présente mille objets qui les surprenant, les flattent, les enchantent : tous ces objets, qui frappent l’âme et qui pénètrent pour ainsi dire jusque dans sa substance par la porte des sens, l’ébranlent trop fortement, l’occupent et la distraient trop pour qu’elle pense à son Dieu.
A cet âge, on est tout yeux et tout oreilles pour les choses sensibles ; on est sourd et aveugle pour celles du ciel, et l’on se croit trop éloigné du terme de la vie pour avoir besoin d’y penser ; on ne peut encore se persuader que la vie est courte, et que, comparée à l’éternité, sa durée n’est que d’un moment. Beaucoup moins veut-on penser que cette courte durée ne nous est donnée que pour nous en servir à l’acquisition d’un bonheur éternel. On croit que ce temps nous appartient, et qu’il faut en profiter pour chercher des plaisirs. Le tempérament nous pousse avec violence et nous permet rarement de consulter la raison. L’imagination est vive, le sang bouillonne dans les veines, tous les mouvements sont impétueux, toutes les passions fortes. Alors les plaisirs se goûtent avec une sensibilité presque infinie, et on les désire avec une soif et une faim que l’on ne peut satisfaire. Nous ne cherchons alors que des personnes de notre âge qui ajoutent sans cesse de nouveaux aliments au feu qui nous consume, et qui dans leurs discours, dans leurs manières, dans leurs exemples, ne nous présentent presque rien qui ne nous éloigne de Dieu et ne fortifie nos passions. Les livres qu’on lit ne sentent que le monde, embellissent et inspirent toutes les passions. Le monde a ses auteurs pour faire valoir ses maximes. Il a aussi, si je puis m’exprimer ainsi, il a ses prédicateurs, que l’on trouve dans toutes les compagnies, qui débitent tout ce qui peut corrompre le cœur et égarer l’esprit.
Oh ! que l’oreille et le cœur écoutent aisément ces funestes leçons ! Le moyen qu’au milieu de tant de séductions un jeune homme n’oublie pas Dieu et la piété ? Il est donc bien nécessaire qu’en s’opposant au torrent du siècle et aux maximes empoisonnées du monde, quelqu’un s’écrie avec le sage : Jeune homme, souviens-toi de ton Créateur [Eccl. 12.].
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