Dans la Bible on trouve énoncé un principe qui était valable à l’époque de sa rédaction comme il l’est encore aujourd’hui : à savoir que la sphère de l’État et celle de l’Église sont distinctes, et ont un mode distinct de gouvernement et de fonctionnement. Elles ne doivent être ni confondues, ni être mises sur le même plan. Pourquoi est-ce un principe biblique, demandera-t-on ?
L’exemple du roi Ozias
Dans l’Ancien Testament, les rois d’Israël et de Juda n’étaient pas autorisés à offrir des sacrifices dans le Temple, ou à accomplir des rites cérémoniels liés à l’office des prêtres. Inversement, il n’appartenait pas aux prêtres de diriger les affaires politiques du pays. A plusieurs reprises on trouve dans l’Ancien Testament une application de ce principe de distinction des deux sphères. L’exemple négatif le plus frappant étant celui du roi Ozias, au chapitre 26 du second livre des Chroniques. Fier de ses succès économiques aussi bien que de sa réussite en politique intérieure et extérieure, il s’est mis en tête d’aller lui-même offrir les sacrifices dans le Temple de Jérusalem, malgré les avertissements des prêtres qui tentaient de l’en empêcher. La conséquence de cet acte impie fut qu’il devint soudainement frappé de lèpre, ce qui le rendait impur aux yeux de la communauté nationale. Il se trouva de ce fait rendu incapable de régner plus longtemps (voir ici pour deux articles détaillés sur ce thème).
Un mélange des genres dans une relation compromise
Notons que cette pratique d’agir à la fois comme rois et prêtres était courante au Proche et au Moyen orient à l’époque. Le représentant de l’État, celui qui détenait le pouvoir politique, se considérait tout naturellement comme un médiateur entre les hommes et les dieux. Sa double fonction en faisait le garant de l’Etat Providence d’alors. C’est aussi sur cette base qu’il se faisait adorer ou vénérer comme un demi-dieu, appelé à sa mort à rejoindre le panthéon des divinités païennes. A cet égard, comme à tant d’autres, la religion d’Israël différait totalement de celle des nations environnantes. C’est d’ailleurs cette différenciation entre les deux sphères d’autorité, spirituelle et temporelle, qui a engendré la persécution des premiers chrétiens sous l’empire romain. Ils se soumettaient bien à l’autorité de l’État, (plusieurs passages des lettres de l’apôtre Pierre ou de l’apôtre Paul enjoignent les destinataires de ces lettres à le faire), mais ils refusaient de vénérer l’empereur comme un dieu. Ils proclamaient au contraire : « Jésus seul est Seigneur », ce qui passait pour un appel à la sédition, même si c’était entièrement faux.
Le rôle de l’Église vis-à-vis de l’État
La seigneurie du Christ est appelée à se manifester sur toutes les sphères de la vie, mais cela ne veut jamais dire que l’Église doive s’emparer des prérogatives dévolues à l’État. Le rôle de l’Église vis-à-vis de l’État, sa vocation, est d’énoncer clairement les principes bibliques qui expriment ce qu’est la justice publique, la juste notion d’autorité et de responsabilité de l’État vis-à-vis des citoyens. On peut à cet égard parler de vocation prophétique de l’Église, dans la mesure où l’Église exprime fidèlement ce que Dieu révèle dans sa Parole. L’État fera alors bien de se mettre à l’écoute d’une telle Parole, sans vouloir l’étouffer ou en minimiser la portée.
Pour deux articles sur l’histoire de la relation entre les chrétiens et l’État, voir ici et ici. Pour un article sur la relation entre autorité et pouvoir, voir ici
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